JEP2011-CC-AfficheLes structures de l'Association départementale des auberges de jeunesse du Finistère ont toujours eu un lien étroit avec la mer. Outre leur emplacement idéal à proximité de l'océan (ou, pour Morlaix, sur la berge de la rivière de Morlaix, qui mène à la baie), elles sont, pour l'une, un ancien Abri du marin (Concarneau) et pour l'autre l'ancien centre nautique des auberges de jeunesse (île de Batz), école de mer réputée qui a formé de nombreux stagiaires durant les quelque quarante années de son existence.

Pouvions-nous vivre à Brest et ne pas nous intéresser aux quelque 6500 marins de commerce qui escalent, tout au long de l'année dans l'un des ports de Brest, commerce ou réparation navale?

L'Association départementale a souhaité, avec cette exposition, vous faire découvrir le travail de ces hommes (et quelques rares femmes) qui passent une partie de leur vie en mer et assurent l'acheminement de 90% des marchandises transportées dans le monde.

Poursuivant son action de présentation du territoire et de ses acteurs, l'Association a aussi souhaité mettre en lumière, à cette occasion, une association brestoise qui accueille toute l'année les marins en escale: le Seamen's Club.

L'exposition qui suit a été présentée dans le cadre des Journées européennes du patrimoine de 2012 (15-16 septembre 2012) à Brest.

Marins de commerce

2011 05 23 Brest Seamen 002
Vue de la rade depuis le pont du vraquier Panstellar.
© C. Le Meur – Seamen's Club de Brest.
 
 

Sommaire


Port de commerce, ce mal-aimé
Petite définition de la marine de commerce
Les conditions d'accueil des marins dans les ports
Pourquoi des associations d'accueil de marins
Le cas des marins abandonnés
Commissions portuaires de bien-être des gens de mer
Défendre les droits des marins: ITF
Le Seamen's Club de Brest
Soutenez l'action du Seamen's Club de Brest!
Pour en savoir plus sur le sujet
Remerciements

Port de commerce, ce mal-aimé

Marine nationale, de commerce, de pêche, de plaisance, nautisme, réparation navale, Brest est un port à plusieurs titres.

2011 mercredi 26 01 BREST Photo 019
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Les marins de commerce sont sans doute les plus méconnus de tous. Souvent étrangers, naviguant dans des conditions parfois difficiles, ils n’apparaissent généralement sur le devant de la scène que lors d’accidents ou de conflits avec leurs armateurs.
 

La poésie qui se dégage des ports de commerce, le contraste qui peut exister entre les moments d’intense activité et ces instants figés, où les grues dressées, immobiles, semblent figurer des géants figés par le premier éclat de la Lune, ne sont pas toujours accessibles au premier regard. Il faut venir souvent ou fréquenter le port pour pouvoir les saisir.

 

 
«Un port n’est jamais un lieu banal»
, nous dit Jacques Kuhn, ancien président de la CCI de Brest, en ouverture de l’exposition « Escale au port de co’ », réalisée par la CCI.

Pas un lieu banal, non, mais un lieu souvent mis à l’écart. Combien sont les Brestois qui ne descendent au port de commerce que pour les événements ? Fêtes nautiques, Jeudis du port, arrivée de courses prestigieuses… Cette tendance a été encore accentuée par la fermeture progressive du port, sa « sécurisation » (norme ISPS, code international pour la sécurité des navires et des installations portuaires).

Écarté, le marin de commerce étranger – car c’est bien lui le parent pauvre, surtout lorsqu’il est originaire d’Ukraine, de Madagascar ou des Philippines, etc. – se trouve relégué dans une partie du port qui ne lui permet pas de sortir véritablement de son environnement de travail.
 

Il faut parfois marcher des kilomètres, entre le navire à quai et la porte d’accès permettant de sortir de la zone sécurisée, puis de là vers un lieu plus chaleureux, plus convivial. Il faut marcher après les heures de travail, et quel que soit le temps. Certains y renoncent. Fatigue, lassitude. D’autres s’obstinent, parce qu’ils savent qu’un lieu accueillant les attend à l’arrivée, qui leur permettra, un temps, d’être hors de cet environnement qui constitue leur quotidien, 24 heures sur 24, parfois pendant des mois.

 
2011 02 28 Seamen Brest 002
Mourad Didouche, méthanier algérien de Hyproc Shipping Co.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Pour ceux qui n’ont pas la chance qu’on vienne les chercher en navette*, le chemin n’est pas toujours simple : «À pied, c’est compliqué pour eux de venir… Les quais ne sont même pas éclairés!», dit ainsi Alain, permanent du Seamen’s.

*Navette: Certains Seamen’s Club (dont celui de Brest) sont équipés d’une petit utilitaire et leurs bénévoles sont munis de badges leur permettant d’accéder à une partie de la zone sécurisée ; le véhicule du Seamen’s vient ainsi chercher gratuitement sur simple demande les marins de commerce.

Petite définition de la marine de commerce

La marine marchande, ou marine de commerce, est liée au transport maritime de marchandises et/ou de personnes.

Près de 90% du commerce mondial s’effectue par voie maritime, ce qui en fait le moyen de transport le moins polluant par tonne transportée, même s’il est en même temps le cinquième plus grand émetteur de CO2 en quantité.

2011 10 12  Dai Shan Chinois 2 brest 011
Vraquier chinois Dai Shan Hai de Daishanhai Shipping Inc.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Plusieurs types de navire effectuent des transports dits «de commerce». Le site du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’énergie recense ainsi cinq catégories selon le type de transport et la manière dont la cargaison est transportée :

 
–    Les navires à passagers;
–    Les navires spécialisés;
–    Les navires de service portuaires et côtiers;
–    Les navires de charge «secs»;
–    Les navires citernes. 

 
On estime qu’il y a environ 50 000 navires de commerce dans le monde, lesquels ont transporté 1 276 tpl (tonnes de poids en lourd) en 2010.

 

Les navires à passagers

 
–    Navires de croisières ou paquebots;
–    Transbordeurs;
–    Vedettes à passagers;
–    Navires à passagers à grande vitesse.

 
2011 08 26 seamen 004
 Paquebot-habitation The World, de ResidenSea.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

 

Les navires spécialisés

 
–    Câbliers;
–    Navires océanographiques;
–    Remorqueurs de haute mer;
–    Navires sismiques;
–    Navires dédiés aux activités pétrolières offshore;
–    Sabliers.

 
DIM
 André-L, sablier français.
© DTM.

 

Les navires de service portuaires et côtiers

 
–    Dragues;
–    Remorqueurs portuaires;
–    Navires de pilotage;
–    Vedettes de lamanage;
–    Navires de l’État (hors navires de guerre).

 
marine marchande
 Elorn, vedette de lamanage du port de Brest.
© Erwan Guéguéniat, www.marine-marchande.net.

 

Les navires de charge «secs»

 
–    Porte-conteneurs;
–    Vraquiers;
–    Rouliers;
–    Cargos;
–    Navires fluvio-maritimes.

 
2011 07 12 SEAMEN BREST  004
 Peary Spirit, navire-citerne navette de Teekay.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

 

Les navires citernes

 
–    Transporteurs de pétrole brut;
–    Transporteurs de produits pétroliers;
–    Transporteurs de gaz;
–    Transporteurs de produits chimiques.

 
2011 05 23 Brest Seamen 002
 Méthanier LNG River Niger, de Anglo Eastern UK.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Les conditions d’accueil des marins dans les ports

2011 06 08  BREST SEAMEN  ASSO 006

Entrée du Seamen’s Club de Brest.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

«Conformément à une longue tradition maritime, l’accueil des marins en escale, la mise à leur disposition de moyens et services de bien être est une des obligations de l’État du port, de celui dans lequel le navire fait escale. Il s’agit de missions d’accueil, de conseils de services, de la possibilité de communiquer avec les familles et de pouvoir acheter à prix modeste des objets nécessaires au quotidien.
Il s’agit de veiller à ce que, dans les ports concernés, les conditions permettent la mise à disposition effective des gens de mer de tels services. Ceci implique en premier lieu la communauté portuaire et l’ensemble de ses acteurs, pour l’essentiel relevant du milieu associatif.

Dans les faits, le réseau des acteurs concourant au bien-être des gens de mer est important, et vit grâce au concours de nombreux bénévoles qui vont au devant des marins en escale mais il rencontre parfois des difficultés pour son fonctionnement au quotidien.» 

Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie.

Tout le problème est là : Avec quels moyens assurer cette mission au quotidien ?

2011 06 30 seamens club Descartes 027René Descartes, câblier France Télécom Marine.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Dans la plupart des ports de commerce, des associations se sont créées, sur ce même principe désintéressé : Seamen’s Club, Mission de la mer… Mais la meilleure volonté du monde ne permet pas toujours de trouver les bénévoles pour porter cette action ni les fonds pour la financer.

Une piste de financement existe, comme l’explique la FAAM (Fédération des associations d’accueil des marins), dont l’objet est «d’être attentif aux besoins des marins, d’entendre la voix des foyers qui les accueillent et de recueillir toute information pouvant les aider dans leur action […] sensibiliser les partenaires portuaires et les collectivités locales pour obtenir leur appui»
 

«Outre la difficulté de disposer d’un effectif suffisant de bénévoles, on retrouve avec la même constance dans nos associations d’accueil le manque de ressources pérennes pour financer l’équipement et le fonctionnement des foyers soumis à l’aléa des subventions. La diminution du pouvoir d’achat des marins et la fin de l’ancien régime des emplois aidés mettent plusieurs associations dans une situation financière difficile.

Or il existe une ressource pérenne (elle est perçue tout au long de l’année) légitime (elle correspondant à un service rendu aux équipages) et d’un taux modeste pour le contributaire (c’est un pourcentage minime du compte d’escale). C’est la contribution volontaire des armateurs, redevance de quelques euro par escale de navire dans un port perçue par le consignataire et reversée à l’association.»


Alain Coudray, « Édito », Lettre n°36, FNAAM, juin 2005.

100 2427Équipage de l’Iron Anne, minéralier de Maryville Maritime Inc., au retour de son passage au Seamen’s Club de Brest.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

 
Cette contribution serait incluse dans le compte d’escale, au même titre que les contributions pour la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) et l’UMBR (Union maritime de Brest et de sa région), déjà perçues.

Elle serait minime (de 15 à 30 € par escale – et non par marin !).

Pourquoi les associations d’accueil des marins sont-elles nécessaires, et à qui ?

2011 06 30  seamens club Gabon 033Équipage du vraquier Panstellar, de Magna Marine.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Les associations d’accueil des marins sont ouvertes à tous les marins de commerce, sans condition autre d’accès.

 
Marins français et marins étrangers pourraient donc s’y côtoyer, mais la réalité de terrain fait qu’en pratique, les marins de commerce français sont souvent embarqués sur des navires présentant un niveau de confort plus élevé, et avec des conditions financières plus avantageuses que beaucoup de marins étrangers. C’est aussi le cas de certains marins étrangers (norvégiens, etc.). Ce sont donc essentiellement des marins étrangers qui fréquentent le Seamen’s.

 
Pour que les marins aient envie de venir, il faut qu’ils puissent trouver un lieu qui leur apporte des facilités qu’ils n’ont pas à bord, ou une ambiance particulière. C'est le cas même dans des lieux «surpeuplés» comme le local du Seamen’s Club de Brest, mis à disposition par l’Agism*, qui se trouve à l’arrière de l’hôtel des Gens de mer et s’étend sur 32 m², avec la possibilité de s’étendre parfois dans une ou deux salles adjacentes ou, quand il fait beau, sur des tables à l’extérieur du local. Un peu léger quand on pense qu’il faut y loger billard, comptoir, cabine téléphonique, ordinateur, fauteuils, bénévoles et parfois jusqu'à une trentaine de marins!

*Agism: Association pour la gestion des institutions sociales maritimes.

Portde 

Rivo, du Léon Thévenin, et Jack, du René Descartes.
© Yffic Dornic – http://www.portde.info.

 

 

Mais ce sont les marins qui en parlent encore le mieux. Voici ce qu’en disent deux marins malgaches de l’armement France Télécom Marine (aujourd'hui Orange Marine), rencontrés par Yffic Dornic, le «maire de Portde», lors d’une « soirée malgache » au Seamen’s Club de Brest (le 30 avril 2011), soirée organisée à l’occasion de la rotation de leurs deux navires : 

Rivo
Léon Thévenin (câblier)
  Jack
René Descartes (câblier)

«Le Seamen's  club, c'est un centre là où on est accueilli par des gens de bonne volonté, qui sont pour la plupart du temps des bénévoles; qui assurent l'assistance de tous les marins en fonction, c'est à dire les marins en escale ici en France. L'assistance sociale, c'est à dire la communication des marins étrangers présents ici en France, afin qu'on puisse communiquer par le Net avec nos familles respectives à Madagascar. là, je voudrais appuyer que le Seamen's club joue un très grand rôle de ce point de vue là. […] c'est notre famille ici à l'étranger».        «Ici, au Seamen's Club, on arrive à avoir un autre milieu par rapport à ce qu'on vit tous les jours. Parce que dans les navires, c'est toujours les milieux du travail. Mais ici, on arrive à se sentir plus ou moins en milieu familial. […] En premier lieu, les gars viennent ici pour se connecter et avoir des communications avec la famille à Madagascar, mais en plus de ça, on peut avoir ici des loisirs autres que ce qu'il y a à bord. Et ça aussi c'est très important, d'avoir en quelque sorte une vie hors du navire. Le fait qu'on puisse passer ici pour faire un petit break, de se ressourcer pour continuer.»
 
2012 06 11 SEAMEN BREST 012Câblier Léon Thévenin, France Télécom Marine.
© C. Le Meur – Seamen’s Club Brest.
  2011 06 30 seamens club descartes 024Câblier René Descartes, France Télécom Marine.
© C. Le Meur – Seamen’s Club Brest.

 

Le quotidien des marins, quand ils sont embarqués et ne travaillent pas, c’est la grisaille et l’ennui. Les jours s’écoulent, immuables, et ils se cognent constamment contre les parois d’une prison qu’ils ont eux-mêmes choisie.

 
Sur les bateaux les moins fortunés, les limites sont très vite présentes : l’étroitesse des cabines, le manque de variété des activités disponibles, l’impossibilité de communiquer facilement avec l’extérieur, avec la famille, parfois aussi le fait d’être traités en marins de seconde ou troisième zone et de ne pas bénéficier des mêmes avantages (salaire inférieur, mépris, nourriture ne correspondant pas aux habitudes culturelles…).

2012 08 06 DSC01050 Retour à bord de marins du câblier René Descartes (France
Télécom Marine),
après une soirée au Seamen’s Club.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest
   
Jayson
 
  «La sensation d’abandon. La solitude, l’ennui, etc. sont le combat quotidien que nous, gens de mer, nous rencontrons souvent à bord. Cela nous conduit à des choses extraordinaires, avec parfois même l’envie du suicide qui nous traverse l’esprit. C’est difficile d’imaginer que nous, gens de mer, nous ayons à affronter un tel enfer. Quelle tristesse qu’on doive en passer par là juste pour en finir avec sa propre misère!»

 
Jayson (marin philippin), lettre n°35, mai-juin 2003, in Roland Doriol, Written on the High Waves.

 

 
Il y a une sorte de fatalité dans leur discours. Les marins se plaignent peu. Ils endurent souvent en silence, et quand ils viennent au Seamen’s, c’est avec le sourire de qui sait y trouver un espace chaleureux.

Le cas des marins abandonnés

 Il serait difficile de ne pas évoquer le cas des marins abandonnés, particulièrement patent à Brest, lieu où siège le tribunal de grande instance, juridiction spécialisée pour la poursuite, l’instruction et le jugement dans le cas des affaires relevant des rejets opérationnels sur la façade Atlantique.

 
Certains armateurs, dont le navire a été dérouté sur Brest du fait de la constatation d’une infraction et qui sont incapables (parfois de manière organisée) de faire face à l’amende infligée, n’hésitent pas à abandonner sur place leur équipage désemparé et leur navire.

 
D’autres, indélicats ou imprévoyants, «oublient» de régler les salaires de leurs marins pendant des mois.

Matterhorn
Au premier plan à droite, coque rouge, le Matterhorn, cargo frigorifique
dérouté en mai 2009 pour suspicion de pollution maritime, incapable de
faire face à l’amende conséquente et parti au ferraillage en juin 2012.

Au second plan derrière, coque noire, le Captain Tsarev, vraquier arrivé en avarie en novembre 2008 et bloqué sur place par le non-règlement
des salaires des marins, toujours à quai à ce jour.

© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Ramine
Claude Foko et l’Ebba Victor.
Peinture de Râmine.
 

 
On a encore en mémoire le cas de Claude Foko, sur l’Ebba Victor, qui a passé 16 mois à assurer seul l’entretien, les réparations, le gardiennage du navire, dans des conditions de vie et de travail inacceptables, sans recevoir aucun salaire pendant 13 mois.

 
«Si des habitués du port ne s'étaient pas inquiétés de le voir sur le même rafiot depuis tout ce temps, il serait encore à marner en fond de cale», avait écrit à son sujet Stéphane Jézéquel, journaliste au quotidien Le Télégramme. La discrétion et la simplicité de Claude Foko l’avait amené à taire ses difficultés. 

Les commissions portuaires pour le bien-être des gens de mer

«S’il appartient au tissu associatif de remplir ces missions d’accueil, une réglementation récente a instauré dans les ports des commissions portuaires de bien-être dont le rôle n’est en aucun cas de se substituer aux acteurs associatifs et aux Conseils de bien-être existant.

Suivant la recommandation n°173 de l’OIT, il a été estimé que la coopération, localement, de l’ensemble de ces acteurs grâce à l’instauration des commissions portuaires de bien-être serait grandement facilitée. 

2011 07 13  Peary spirit et L Thévénin  Seamen BREST 012
 Marins du Peary Spirit et du Léon Thévenin.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.


Ces commissions remplissent, si nécessaire, un rôle de concertation, de coordination; elle permettent, le cas échéant, de procéder aux tours de table permettant de dégager des solutions pratiques ou des financements pour répondre aux besoins identifiés.
Les commissions portuaires de bien-être des gens de mer sont créées et leur composition fixée par arrêté préfectoral. Elles sont son présidées par le Préfet ou son représentant. Elles examinent l’adéquation aux besoins des gens de mer des moyens et services mis à leur disposition dans les ports. Elles formulent des propositions en vue de l’amélioration de leur fonctionnement, notamment par des actions de conseil auprès des organismes, associations ou personnes concourant au fonctionnement des services de bien-être portuaires.»

Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie.

110629 Commission portuaire pour le bien-être des gens de mer
Figure tirée d’une présentation réalisée par Marie-Agnès Ollier pour la Commission portuaire pour le bien-être des gens de mer du 29 juin 2011, et destinée à montrer la diversité des intervenants concernés par les abandons de marins, ainsi que la complexité des liens entre eux.
  

Les intervenants qui peuvent être impliqués dans le cas d’un abandon de marins sont nombreux (ainsi que le montre la figure ci-contre) et il n’est pas toujours aisé de coordonner leur action, surtout quand des logiques différentes s’affrontent.

 
La mise en place de commissions portuaires pour le bien-être des gens de mer sert donc également en partie à coordonner les actions de chacun dans le cas d’un abandon de marins.

 
Désormais, le principe est donc de partager l’information pour que la réponse apportée aux situations problématiques des marins soit la plus rapide et la plus pertinente possible.


La gestion des dossiers en est facilitée et l’interactivité des relations permet de pallier les lourdeurs administratives habituelles, pour le plus grand bénéfice des marins concernés.

La nomination d’une inspectrice d’ITF il y a deux ans permet aussi une prise en charge plus rapide des problèmes.

Défendre les droits des marins : ITF

ITF (Fédération internationale des ouvriers du transport) est une organisation mondiale regroupant 708 syndicats des transports dans 154 pays, et représentant environ 4,6 millions de travailleurs.

Fondée en 1896 par les dirigeants syndicaux européens de gens de mer et de dockers qui avaient compris l’intérêt d’une organisation au niveau international, elle rassemble aujourd’hui les travailleurs des transports maritimes, des ports, des chemins de fer, du transport routier de marchandises et de voyageurs, des voies fluviales, de la pêche, du tourisme et de l'aviation civile*.

 
     marine marchande2
 
  «La mission de l'ITF consiste à soutenir ses syndicats membres et à rechercher les moyens de défendre les intérêts des travailleurs des transports dans une économie mondiale.»
  
 

Pour cela, elle assure une coordination syndicale, organise des campagnes pour mobiliser la solidarité internationale, informe ses affiliés des développements mondiaux qui pourraient impacter leur activité, et représente les intérêts des travailleurs des transports au sein d’organes internationaux.
Elle œuvre également pour la mise en place de conditions décentes de travail pour les marins et s’efforce de réduire les inégalités de traitements entre marins.

  Jun  
 

«Cela me manque vraiment, ces lettres escargot et ces cartes que je lisais des centaines de fois au long des jours sur la mer, comme si chaque jour je recevais une nouvelle lettre. Je me souviens que Shobe m’écrivait tous les jours et qu’elle allait me poster le tout deux fois par semaine. Et quand nous arrivions au port, tout le monde était dans l’attente de l’agent pour recevoir ses messages personnels, et vous pouviez constater les grands sourires de vos collègues, même si la lettre était vraiment ancienne et en retard, comme s’ils avaient été perdus pendant un très long temps, et vous pouviez voir leurs visages souriants et heureux.

Aujourd’hui, je n’ai reçu aucune carte pour me souhaiter un joyeux Noël, sauf celle réalisée par mon fils Khyle, qui est la plus belle carte que j’ai jamais reçue dans toute ma vie. C’était sa première manière de me saluer, ce Noël. Personnalisée et tout entière donnée avec le cœur, et exprimant ses pensées.

 
 

Ce n’est pas comme maintenant, où on se contente juste de copier, coller et d’attacher un fichier, et voilà ! Honnêtement, je n’en ai rien à faire de relire ce genre d’envoi. Je me contente de les imprimer et de les afficher. Ce n’est pas comme ces merveilleuses années où je les glissais sous mon oreiller la nuit et que je les lisais encore et encore jusqu’à ce que je m’endorme. And que vous vous réveilliez le matin, vous les relisiz encore. Même si nous sommes loin de ceux que nous aimons, comme vous le savez, les Philippins adorent téléphoner chez eux. Il y a toujours la queue pour notre petite ligne téléphonique à bord, et on doit attendre une demi-heure…

Seamens
Un marin présente à sa famille sur Skype un bénévole du Seamen’s Club.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.
 
 

Mais le fait est qu’après avoir entendu leur voix, vous ressentez une brusque nostalgie. C’est un moment heureux, quand vous parlez avec eux, mais après cela, la mélancolie va se réinstaller dans vos pensées.

Rien ne peut remplacer la bonne vieille lettre escargot…»

 
Jun (marin philippin), lettre, 25 décembre 2007,
in Roland Doriol, Written on the High Waves.
 

 

Le Seamen’s Club de Brest

Le Seamen's club de Brest (association loi 1901 « Les Amis brestois des marins ») a été créé en 1994 par le prêtre-ouvrier Job Daouben avec une petite équipe de bénévoles. Son objectif est d'accueillir les marins de commerce lors de leur escale à Brest, sans condition de nationalité, de religion (etc.), en leur proposant des services adaptés dans une atmosphère conviviale.

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Quand les salles adjacentes ne sont pas disponibles, il devient difficile de jouer au billard…
Les marins s’adaptent avec bonne humeur aux contraintes dues à l’exiguité du local.
© Seamen’s Club de Brest
 

Le Seamen’s reçoit les marins du lundi au samedi inclus (sauf jours fériés), de 18h30 à 22h, dans un local mis à disposition par l’Agism et situé à l’arrière de l’hôtel des Gens de mer. Ce local de 32m² peut souvent bénéficier d’une extension dans l’une des deux salles adjacentes de l’hôtel (sous réserve que l’une ou l’autre soit disponible à ce moment-là) ; celle-ci accueille alors les marins qui souhaitent se connecter au Wi-Fi dans le calme.
 

Un salarié à mi-temps en emploi aidé réalise des visites de navires (150 navires visités en 2011) et assure une grande partie des permanences. Les permanences d'accueil sont généralement assurées en binôme avec les bénévoles de l'association, au nombre d'une vingtaine actuellement. L'un d'eux est un prêtre catholique qui peut être au besoin sollicité. L’association est cependant non-confessionnelle.

Le Seamen's club de Brest est affilié à la Fédération des associations d'accueil des marins (FAAM) qui regroupe 22 associations (métropole et DOM), dont 17 disposent d'un foyer d'accueil des marins. La FAAM est membre du Comité international pour le bien-être des gens de mer (ICSW).

Le projet de pôle social sur le port de commercial, qui vise à réhabiliter l’ex-bâtiment BCMO pour y réunir des associations œuvrant dans le domaine maritime et social, en face de l’hôtel des Gens de mer, le Seamen’s devrait pouvoir intégrer un local de 140 m² courant premier semestre 2014. C’est encore loin… et c’est parfois bien difficile d’assurer un accueil dans de bonnes conditions dans la pièce qui nous est allouée. Il a fallu renoncer au baby-foot, et les parties de billard conduisent parfois certains joueurs à ouvrir la porte de la cabine téléphonique pour pouvoir manœuvrer comme ils le souhaitent la queue de billard.

 
Grâce à un véhicule utilitaire dont l’achat a été financé par ITF, le Seamen’s peut aller chercher gratuitement les marins aux entrées sécurisées du port, leur évitant ainsi quelques kilomètres de marche. Ce service est très apprécié des marins, car le port n’est pas très bien éclairé (le véhicule du Seamen’s en fait parfois les frais...).
 

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Véhicule du Seamen’s Clut de Brest.
© C. Le Meur – Seamen’s Club de Brest.

Au Seamen’s, les marins peuvent se connecter gratuitement au Wi-Fi ou utiliser le poste informatique du local.

Ils ont également la possibilité de consommer gratuitement thé, café et jus de fruits, et d’acheter des boissons en canette, des snacks (chips, barres chocolatées), des cartes de téléphone et quelques produits de première nécessité (dentifrice, brosse à dents…).

Un change est possible sur place de manière limitée, les bureaux de change étant tous fermés aux moments de liberté des marins.

fréquentation    

Une cabine téléphonique est à leur disposition à l’intérieur du local. Entre les conversations par Internet, les conversations téléphoniques, les parties acharnées de billard et la télévision, il est parfois difficile de s’entendre !

La fréquentation du Seamen’s est en constante augmentation depuis sa réouverture (en 2008, après des travaux à l’hôtel des Gens de mer) : + 28,4 % entre 2010 et 2011, + 27 % entre 2009 et 2010. En 2011, le Seamen’s a ainsi accueilli 3 486 marins, avec de fortes disparités selon les jours.

  

Ajout en 2014

   

En novembre 2014, le Seamen's Club déménage dans un nouveau lieu, chargé d'histoire puisqu'il s'agit de l'ancien bâtiment d'embauche des dockers, avec son horloge «historique». Relooké à l'extérieur, le bâtiment (désormais Pôle social maritime) affiche des couleurs anthracite et rouge et un béton ajouré de voiles.

Entièrement rénové à l'intérieur, avec des ouvertures agrandies, il propose un vaste espace qui accueille trois associations en lien avec les marins: La Touline (qui accompagne les marins vers l'emploi), le Service social des gens de mer et le Seamen's Club.
 

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Pôle social maritime de Brest
© M.-A. Ollier – Seamen’s Club de Brest.
 
 
Seamens crew
Un équipage philippin dans le nouveau local
© M.-A. Ollier – Seamen’s Club de Brest.
 
 

Outre une terrasse extérieure close, le Seamen's Club pourra désormais exercer son action sociale et humaine au sein d'un espace dédié de près de 140m². Plus d'espace, plus de confort, plus de services offerts: les marins vont y gagner!

Ceci a été rendu possible grâce à l'investissement et à l'implication de la Région Bretagne, propriétaire du bâtiment et maître d'ouvrage.

Plus de bénévoles et plus de moyens permettraient d’étendre les horaires d’ouverture de la permanence et de proposer davantage de services aux marins.

 

Soutenez l’action du Seamen’s Club de Brest!

Merci
© Jeanette Dietl, Fotolia 
 
 

Pour que le Seamen’s Club de Brest puisse poursuivre son action, il a besoin d’aide(s). Pour faire de son local un lieu chaleureux, ouvert avec régularité, où les marins puissent trouver plaisir à venir se reposer, prendre un café, s’amuser ou échanger, il a besoin de l’implication de toutes les bonnes volontés disponibles.
 

Le Seamen’s Club a besoin de vous! Vous pouvez l’aider:

  • par votre bénévolat (une à deux permanence(s) par mois, et plus si affinités!);
  • par vos dons, financiers (adhésion, don, subvention, legs…), mais aussi en nature (par un approvisionnement en jus de fruits, café, thé, gateaux; un don de livres, de magazines ou de DVD (en anglais), de jeux de société, de plantes vertes...).

Pour en savoir plus sur le sujet

 

 Livres

 – Catherine Berger et Roland Doriol, Written on the High Waves, Letters from Filipino Seafarers in the Age of Globalization, Bruxelles, Proximités, 2009.
 – Alain de Boissieu, Roland Doriol, Lettres de mer et paroles de terre, Marine Eds, 2014.
 – Josiane Guéguen, Voyage au cœur du Seamen's Club, autoédition, 2014.

 
 Exposition

 Exposition « Escale au port de co’ », CCI de Brest.

 Sites Web

 www.seamensclub-brest.fr
 www.facebook.com/SeamensBrest

 

 

Remerciements

L'Association départementale des auberges de jeunesse du Finistère et l'Auberge de jeunesse de Brest souhaitent remercier:

• Roland Doriol;
• Yffic Dornic, maire ludique de Portde;
• Hervé Cozanet, commandant de marine-marchande.net;
• Claudine Lemeur, bénévole du Seamen’s Club de Brest.

 
Les éventuelles inexactitudes ou «hérésies» quant aux commentaires sont de notre fait.
 

   Merci2
© Elena Schweitzer